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KRM Sahara – Essai / Presse

De Berlin à Tarfaya

From Berlin to Tarfaya_FR & GB (Au format PDF >)

Chérif and Geza, who have experimented with different art techniques, have been looking to historical and Berber textiles for inspiration.

They were particularly inspired by the sections of tents found in the Sahara Desert that they now use them to create innovative hangings.

By integrating their Esprit du Mur spirit to their textile composition, Chérif and Geza have created a unique art ;
the artists in question are now receiving fresh and growing consideration within the art market.

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Il existe pour chacun de nous des lieux déterminants. Pour Geza et Chérif, Berlin est certainement celui de la rencontre et de la naissance de KRM, au pied d’un mur qui se fragmente et d’un mode d’expression qui s’émancipe hors les murs.

De cette expérience naîtra l’Esprit du mur, un concept qui s’attache à l’essence plus qu’à l’aspect formel de cet art de la rue. L’écriture plastique singulière et plurielle de KRM appartient à cette communauté dont la parole se cristallise dans le geste anonyme. Elle est le résultat du réflexe immédiat aux stimuli actuels, de leur collision avec un imaginaire commun et individuel et de leur interaction avec des matériaux significatifs.

Tarfaya est pour ces artistes de l’art contextuel, un autre lieu décisif bien plus improbable.

Ici, les murs ne séparent pas mais relient des individus qui empruntent des routes « immatérielles », voyageurs, aviateurs, pécheurs, nomades… Tarfaya est un carrefour entre les hommes, le ciel, l’océan, le désert. Et c’est justement ce dernier, sans mur et sans image, et la khaïma, tente et symbole des sociétés nomades sahariennes, qui vont devenir l’espace et la matière de cette pulsion anonyme déconstruisant et reconstruisant le réel et l’imaginaire.

Avec les doublures intérieures de fragments de tentes réassemblées en patchwork, parfois « brodés » de motifs géométriques ou abstraits, la parole se déplace à l’intérieur de la paroi, change d’espace en un seul et même matériau significatif, fluide et mobile, support et médium, le fil qui trace, chaîne, trame, noue et dénoue l’écheveau
du temps.

Que sont les tentes imaginaires de KRM, si ce n’est le résultat d’un réflexe en interaction avec l’environnement, le milieu culturel et sociétal, ses codes de représentation symbolique et abstraite ?

Réelles et imaginaires, symboles de la culture nomade, elles sont aussi cartes mystérieuses, territoires abstraits, territoires de l’intime, la trame de la mémoire et du temps, de ce qui n’est plus et de ce qui est.

Et sous l’usure, le morcellement, le rapiéçage, le fil comme la parole résiste, se réinvente pour relier les hommes et les mondes.


Patricia Tardy

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