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Le jeudi du Luxembourg

Luxembourg, 14 octobre 2004

Commémoration des manifestations de 1989 au musée d’Histoire de Leipzig

L’esprit du mur

Quinze ans pour reconstruire le mur.
Ou comment Leipzig a choisi de souvenir à sa façon.

JACQUELINE DELOFFRE

Octobre 1989. D’abord une poignée, puis jusqu’à 70 000 manifestants osaient descendre dans la rue en scandant « Le peuple, c’est nous ! » « La démocratie maintenant ! ». Née à Leipzig, La contestation devait rapidement s’étendre à toute l’ancienne RDA. Comme une traînée de poudre qui allait finalement faire sauter le mur.

De ce « mur de protection contre la menace impérialiste » (dixit Walter Ulbricht en août 1961) ces manifestants ne connaissaient que le côté est : un rempart en béton gris, garni de barbelés, qu’on ne pouvait approcher qu’au péril de sa vie. Totalement différent le versant ouest : recouvert de graffitis, cartoons, revendications en tout genre, blagues et billets doux. Une fresque urbaines taguée, retaguée, surtaguée par des milliers de mains anonymes. Une sorte de forum de la communication où on se donnait rendez-vous, également pour narguer les Vopos perchés dans leurs miradors juste de l’autre côté.

C’est précisément ce dialogue – que d’innombrables passants entretenaient avec le mur et le reste du monde – qui a inspiré à Geza et Chérif cette forme d’art particulière désormais connue sous le nom de « esprit du mur ».

Le mur – dans leur cas : des panneaux en bois qui font penser à des palissades – comme miroir de pulsions extériorisées au pinceau, au crayon, aux ciseaux, sans interdit ni tabous, avec toutes les contradictions dont elles sont porteuses.

Leur spécificité est de travailler à deux sur la même œuvre. L’un commence, l’autre continue, chacun poursuivant le dialogue à tour de rôle. Aucun des deux ne signe le fruit de leur médiation commune qui n’est pas refléter leur formation respective. Avant de se tourner vers l’expression picturale Chérif Zerdoumi s’est d’abord consacré à la sculpture, Geza Jäger á l’architecture, l’histoire de l’art et la performance scénique.

Pour la série actuellement exposée au musée d’Histoire de Leipzig, le duo franco-allemand a choisi de projeter l’« esprit du mur » sur un matériau déjà porteur de messages : l’affiche publicitaire.

CRIS ET CHUCHOTEMENT DE LA RUE

Qu’on ne se méprenne cependant pas ; leur intention n’est pas d’accuser la pub de tous les maux ou de la défigurer d’un coup de bombe, mais de maîtriser son omniprésence dans notre vie quotidienne en faisant preuve de créativité et d’imagination. De la démystifier. De relativiser les besoins superflus qu’elle fait naître chez le consommateur. La vie n’est pas faite que de bijoux en or signés machin, de cacahouètes en promo ou de rouge à lèvre qui ne coule pas. Clin d’œil évident à Andy Warhol et aux artistes de mouvement dada.

Ainsi s’aperçoit-on que leurs montages, collages et décalcomanies s’emparent de thèmes d’actualités comme la guerre, la violence, les attentats terroristes, le racisme, la précarité
 Une interprétation des cris et chuchotement de la rue, une transcription de la réalité urbaine qui provoque, irrite et invite à la réflexion.

D’où leur place aujourd’hui à Leipzig. « Aussi remarquables que soient ces travaux, d’aucuns pourront être surpris de voir un musée d’Histoire exposer de l’art contemporaine », reconnaît Volker Rodekamp, le directeur des lieux, « mais nous avons tous en tête ce sondage récent qui faisait apparaître qu’une importante partie de la population souhaitait le retour du mur, ce mur contre lequel Leipzig a été la première à se soulever en 1989. Notre mission est un travail de mémoire. Présenter dans nos murs une forme D’expression qui s’est nourrie de l’expérience du mur peut être considéré comme une tentative de démystification. »

En attendant Geza et Chérif projettent de s’attaquer à un autre mur : celui qu’Israel est en train d’ériger entre sa population et les Palestiniens. Ils ont pris contact, les réponses se font attendre.

Geza et Chérif., « Mauerbilder – Esprit du mur ». Jusqu’au 31 octobre au Stadtgeschichtliches Museum de Leipzig. Du mardi au dimanche, de 10.00 à 18.00h.

www.leipzig.de/stadtmuseum

« L’Esprit du mur » selon Geza et Chérif : « une interprétation des cris et des chuchotement de la rue, une transcription de la réalité urbaine qui provoque, irrite et invite à la réflexion »

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