Menu Fermer

Perpignan 2020

DE BERLIN A TARFAYA

Le street art représente l’art de la rue, des villes. Un art urbain qui donne la parole aux murs. Que pourrait être ce mouvement pour l’artiste qui n’a ni murs ni villes pour s’exprimer? Pour une personne qui vit dans un désert ?
« DE BERLIN À TARFAYA » nous transporte dans le temps, un grand écart dans l’art, mais un lien entre les oeuvres : la mémoire des murs et le vécu des textiles.

Dans « KRM Esprit du mur » les affiches superposées, partiellement arrachées, tachées de couleurs, de signes et de messages, expriment par une esthétique, volontairement brute, une spontanéité de vérité, de colère, d’amour … un cri de révolte. Pris séparément, chaque tableau est une partie du mur de Berlin, qui a été pendant de nombreuses années la représentation matérielle de l’enfermement, et qui par sa démolition a symbolisé l’ouverture vers l’autre coté du miroir, vers un autre monde : celui de la liberté.

Dans « KRM Sahara », chaque oeuvre textile conçue à partir de morceaux de tentes et de vêtements usés du peuple sahraoui, nous emmène dans un espace fait de silence où le temps s’écoule lentement ; à une vie dure et rude où l’on ressent le vent et le sable, l’odeur de la terre, des chameaux et des chèvres, et celle du feu de bois aux arômes d’épices, d’encens et de thé des nomades. Mais avec un peu d’attention, on y décèle aussi des manières de vivre, de penser, de rêver, et d’aimer.

Que ce voyage dans l’Art que nous propose KRM, vous fasse rêver autant qu’il m’a procuré d’émotions…

Roger Castang, commissaire d’exposition Janvier 2020

Click sur l’image pour obtenir le fichier PDF de l’expo

De Berlin à Tarfaya

Il existe pour chacun de nous des lieux déterminants. Pour Geza et Chérif, Berlin est certainement celui de la rencontre et de la naissance de KRM, au pied d’un mur qui se fragmente et d’un mode d’expression qui s’émancipe hors les murs.

De cette expérience naîtra l’Esprit du mur, un concept qui s’attache à l’essence plus qu’à l’aspect formel de cet art de la rue. L’écriture plastique singulière et plurielle de KRM appartient à cette communauté dont la parole se cristallise dans le geste anonyme. Elle est le résultat du réflexe immédiat aux stimuli actuels, de leur collision avec un imaginaire commun et individuel et de leur interaction avec des matériaux significatifs.

Tarfaya est pour ces artistes de l’art contextuel, un autre lieu décisif bien plus improbable.

Ici, les murs ne séparent pas mais relient des individus qui empruntent des routes « immatérielles », voyageurs, aviateurs, pécheurs, nomades… Tarfaya est un carrefour entre les hommes, le ciel, l’océan, le désert. Et c’est justement ce dernier, sans mur et sans image, et la khaïma, tente et symbole des sociétés nomades sahariennes, qui vont devenir l’espace et la matière de cette pulsion anonyme déconstruisant et reconstruisant le réel et l’imaginaire.

Avec les doublures intérieures de fragments de tentes réassemblées en patchwork, parfois « brodés » de motifs géométriques ou abstraits, la parole se déplace à l’intérieur de la paroi, change d’espace en un seul et même matériau significatif, fluide et mobile, support et médium, le fil qui trace, chaîne, trame, noue et dénoue l’écheveau
du temps.

Que sont les tentes imaginaires de KRM, si ce n’est le résultat d’un réflexe en interaction avec l’environnement, le milieu culturel et sociétal, ses codes de représentation symbolique et abstraite ?

Réelles et imaginaires, symboles de la culture nomade, elles sont aussi cartes mystérieuses, territoires abstraits, territoires de l’intime, la trame de la mémoire et du temps, de ce qui n’est plus et de ce qui est.

Et sous l’usure, le morcellement, le rapiéçage, le fil comme la parole résiste, se réinvente pour relier les hommes et les mondes.

Patricia Tardy

 

dictum mattis Phasellus nec ut venenatis, leo. risus. velit,